les Acse 2 à Goladkowo

DES ÉTUDIANTS FRANÇAIS ÉBLOUIS PAR LA POLOGNE

l’article de presse local en pdf (clic ici)

À l’occasion d’un M.I.L. (module d’initiative locale), des étudiants de filière agricole qui avaient choisi d’étudier, sans grande motivation initiale, la région de Mazovie en Pologne, en reviennent transformés et enthousiastes. Ils témoignent, avec émotion, des enjeux de la coopération solidaire et internationale, la dernière en date des missions de l’enseignement agricole. Retour de Goladkowo.

 

« La scène se passe en Pologne, c’est à dire nulle part », lit-on dans la préface d’Ubu roi d’Alfred Jarry. Nul doute que cette saillie satirique ferait aujourd’hui bondir la douzaine d’étudiants français du lycée Bougainville de retour de Goladkowo. Et ce, après une semaine d’immersion dans les réalités de l’enseignement et de l’agriculture polonaise en Mazovie, la « voïvodie » correspondant à la région de Varsovie.

Kevin, Tanguy, Marie, Yann, Romain, Justine, Benoît, Carline, Marc, William, Maxime et les deux Julien, ne tarissent pas d’éloges sur leur séjour automnal en Pologne en cette fin d’année 2013. « On en revient changés et tout émus d’avoir été si bien accueillis », déclare Romain, fils d’agriculteur briard ; lequel, pour la première fois, prenait l’avion à l’occasion de ce voyage s’inscrivant dans l’architecture formative et certificative de sa promotion de BTS Acse (pour « analyse, conduite et systèmes d’exploitations agricoles »).

 

« Au départ la partie n’était pas gagnée d’avance », souligne Tassadit Bekka, la coordinatrice de ce M.I.L de coopération internationale et solidaire, inscrit dans les référentiels de la filière Acse depuis 2011. Pour ces jeunes étudiants se destinant à la reprise d’exploitations agricoles ou à des métiers de conseillers techniques, le séjour en Pologne n’était, au début, qu’un projet comme un autre. Mais il présentait, par rapport à d’autres pays de l’U.E., l’avantage d’être a priori d’un financement moins important. Et donc d’un investissement personnel moins contraignant, compte tenu du fait que ces étudiants doivent trouver, eux-mêmes, notamment auprès d’employeurs acquittant la taxe d’apprentissage, une grande partie des ressources permettant de concrétiser le séjour d’études.

 

Aujourd’hui, un mois après leur retour de Pologne, tous les étudiants admettent avoir fait le bon choix. Et ils en parlent encore comme d’« un séjour inoubliable ». William, regrette même de ne pas avoir fait partie de la génération des entrepreneurs européens qui ont investi dans l’agriculture polonaise au milieu des années 90. « Aujourd’hui c’est trop cher d’acheter de la terre là-bas », constate-t-il. Quant à Yann, d’origine russe par son grand père, il confesse que les préjugés anti-polonais dont il avait hérité ont volé en éclats. « Ce sont des gens chaleureux et généreux qui n’ont pas beaucoup par rapport à nous mais qui vous donnent tout…»  Il donne comme exemple cette famille paysanne, productrice de pommes de terre bio, qui leur ont préparé une collation digne d’un « festin » dans une toute petite maison ayant servi de chapelle pour les quelques familles du hameau, au temps du régime communiste.

 

Les larmes aux yeux, jurant leurs grands dieux d’y retourner le plus tôt possible et pour certains dès cet été, une fois leur BTS en poche, Kevin, Julien, Marc et les autres admettent avoir évolué d’une perception de départ d’« un pays en retard, voire arriéré » à celle d’« un pays en pleine mutation, soucieux d’équilibrer productivité et écologie.» Ils soulignent même « la fibre développement durable » des Polonais qu’ils ne soupçonnaient pas, d’autant que le pays, à marche forcée, doit rattraper un retard important en termes d’infrastructures, notamment routières et ferroviaires. Et que les politiques énergétiques, privilégiant le charbon, sans aucun apport nucléaire, dépendent encore largement du gaz du voisin russe…

 

Si la plupart des garçons soulignent « l’esprit de sérieux et le goût de l’innovation technologique » des Polonais, Justine pointe un aspect plus inattendu. Sa relative maîtrise de l’anglais lui ayant permis de converser un peu plus avec les enseignants de Goladkowo (notamment avec Tomasz Anczack – chargé de la coopération internationale-) elle remarque quant à elle « l’originalité et l’efficacité des méthodes pédagogiques polonaises » auxquelles les étudiants français ont été confrontés à l’occasion d’une séquence d’immersion linguistique et créative. Dans la mesure où les jeunes Français ont promis à celui qu’ils surnomment ‘Tomek’ « de faire le maximum » pour que le Lycée Bougainville accueille dignement les lycéens polonais en 2015, le sort en est jeté. Il va leur falloir désormais réfléchir au montage d’un programme de visite respectant les demandes polonaises. À savoir la découverte du « tourisme vert » briard ou francilien sans oublier l’étude des débouchés professionnels liés au développement des « énergies renouvelables ».

 

Une quinzaine de lycéens de Goladkowo, motivés et sélectionnés dans quatre filières (agro business, machinisme agricole, gastronomie et aménagement paysager), devraient donc, au printemps 2015, se retrouver au sein de l’établissement français. Ils pourraient participer aux T.P. des filières du lycée Bougainville, tout en s’intégrant aux activités périscolaires si toutefois le programme, a priori déjà chargé, leur en laisse le loisir… De leur côté, Kevin, Tanguy, Julien et les autres, sont bien décidés à mettre la main à la pâte pour « rendre » aux Polonais tout ce qui leur a été offert, sans calcul aucun. Bien que certains étudiants de leur promotion « doutent de l’hospitalité française et craignent de ne pas être à la hauteur de ce qu’attendent de nous les Polonais», ils sont cependant tous bien décidés à relever le défi, en toute logique du don/contre don.

 

Force est de constater que le séjour polonais aura fait « bouger les lignes de leurs représentations mentales de départ » soulignent de leur côté Didina Béjan et Michel Dréano, les deux professeurs accompagnateurs du MIL Pologne. Et les deux enseignants de laisser le mot de la fin à Marc, fils d’agriculteur picard : « il faudrait vraiment rendre obligatoire ce type de module dans toutes les formations avant ou après le bac ; c’est le seul moyen pour que les jeunes d’ici touchent du doigt la citoyenneté européenne et aussi l’importance de la maîtrise de la langue… anglaise

 

LOIC O’ NADER